SÉRIE WASH & CLIMAT — ARTICLE 1/3

WASH & Changement climatique : quels défis humanitaires pour l’Afrique subsaharienne ?

Par Paulette Dk djiman · Catégories : WASH, Humanitaire, Climat · ⏱ 6 min de lecture

En Afrique subsaharienne, le changement climatique n’est pas une menace future — c’est une réalité quotidienne. Sécheresses prolongées, inondations dévastatrices, épidémies en cascade : les populations les plus vulnérables paient le prix le plus élevé. Et au cœur de cette crise, le WASH — eau, assainissement et hygiène — est en première ligne.


1. La raréfaction et l’irrégularité des ressources en eau

Le changement climatique bouleverse profondément le cycle de l’eau. Les sécheresses sont plus longues, plus intenses, et les pluies plus imprévisibles. Pour les communautés rurales qui dépendent de forages et de puits, les conséquences sont immédiates et dramatiques.

  • Des nappes phréatiques qui s’épuisent plus vite qu’elles ne se rechargent, privant des villages entiers de leur seule source d’eau potable.
  • Des conflits inter-communautaires pour l’accès aux points d’eau restants — un phénomène documenté au Sahel, en Éthiopie et dans la région du lac Tchad.
  • Une charge supplémentaire pour les femmes et les filles, contraintes de parcourir des distances toujours plus grandes pour aller chercher de l’eau.

Dans certaines zones rurale du Sahel, les femmes marchent jusqu’à 6 heures par jour pour accéder à l’eau. Du temps volé à l’éducation, à l’économie, à l’épanouissement et à la vie.


2. Les inondations : la menace paradoxale

Paradoxalement, le changement climatique provoque aussi des inondations massives dans des zones qui connaissent par ailleurs des sécheresses. Ce phénomène dit de « double peine climatique » a des conséquences directes sur le WASH.

La contamination de l’eau : un risque épidémique immédiat

Quand les inondations submergent latrines, puits et systèmes d’assainissement, elles libèrent des agents pathogènes directement dans les sources d’eau potable. Le Soudan du Sud, le Mozambique, le Nigeria et le Tchad en ont fait l’amère expérience.

  • Épidémies de choléra survenant systématiquement dans les semaines qui suivent une inondation majeure.
  • Prolifération des maladies diarrhéiques — première cause de mortalité infantile en contexte humanitaire.
  • Destruction des infrastructures WASH : des années d’investissements effacées en quelques heures.

3. Les déplacements de populations : le WASH en situation extrême

Le changement climatique est aujourd’hui l’un des principaux moteurs des déplacements forcés en Afrique. Dans les camps de déplacés et de réfugiés, le WASH devient un défi d’une complexité extrême.

  • Densité de population trop élevée pour les infrastructures existantes — parfois une latrine pour 50 personnes au lieu des 20 recommandés par les standards Sphère.
  • Risque épidémique permanent : choléra, typhoïde, hépatite E prolifèrent dans les conditions de surpeuplement.
  • Dignité des femmes et des filles compromise par des latrines insuffisantes et peu sécurisées.
  • Accès à l’eau souvent réduit à moins de 5 litres par personne et par jour — loin des 15 litres minimum recommandés.

4. La reconfiguration des maladies hydriques

La hausse des températures modifie la distribution géographique de certaines maladies et aggrave leur incidence.

  • Le paludisme progresse vers des zones autrefois épargnées, favorisé par la prolifération des eaux stagnantes.
  • Les maladies diarrhéiques augmentent avec la chaleur, qui accélère la dégradation microbiologique de l’eau.
  • La schistosomiase et d’autres maladies liées à l’eau s’étendent à de nouveaux territoires.

5. Les femmes et les filles : les plus vulnérables

Dans ce contexte de crise climatique et humanitaire, les femmes et les filles paient un prix disproportionné.

  • La corvée d’eau, assumée à 80% par les femmes, représente un obstacle majeur à leur autonomisation économique et éducative.
  • L’insécurité autour des points d’eau et des latrines nocturnes les expose à des risques de violences basées sur le genre.
  • La grossesse et la menstruation en contexte de manque d’eau représentent des risques sanitaires graves et souvent invisibles.

6. Des infrastructures non adaptées au climat

La grande majorité des infrastructures WASH existantes ont été conçues dans un contexte climatique qui n’existe plus. Elles ne sont pas dimensionnées pour résister aux chocs actuels — ce qui pose la question centrale de l’adaptation comme composante incontournable de tout projet WASH aujourd’hui.

C’est précisément ce que nous explorons dans le prochain article de cette série : les stratégies d’adaptation concrètes et comment convaincre les bailleurs de les financer.

Investir dans le WASH aujourd’hui, c’est construire la résilience de demain. Ne pas le faire, c’est financer les crises humanitaires de l’avenir.

— Paulette Dkdjiman Spécialiste WASH | Humanitaire | Leadership féminin

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